Refonte du système d'assurance-santé taïwanais
Par Jianggan Li
Traduit par Olivier Thibodeau
Le parlement taïwanais, aussi connu sous le nom de yuan législatif, vient d’ajouter un amendement controversé à sa politique nationale d’assurance-santé (NHI).
En comparaison avec la couverture universelle fournie au Royaume-Uni par le service national de santé, le régime d’assurance-santé taïwanais requiert une prime moins élevée, tout en offrant des ressources plus adéquates. Les longues listes d’attentes sont rares à Taiwan.
Depuis la mise sur pied de la politique nationale en 1995, plus de 97% des 23 millions d’habitants du pays ont été couverts. Paul Krugman, lauréat du prix Nobel d’économie en 2008, a qualifié le régime taïwanais de meilleur au monde.
Lors d’une entrevue accordée plus tôt à FutureGov, le professeur K C Lun, chef du financement de l’Association asiatique d’informatique médicale (AMIA), a loué l’efficacité du système à cartes qui sous-tend la politique nationale d’assurance-santé, prétendant qu’il s’agissait du meilleur système de cartes à puces hospitalières sur la planète.
Après quinze ans d’existence, le système a tout de même accumulé une dette dépassant les 130 milliards de dollars taïwanais (4,4 milliards de dollars canadiens), risquant ainsi la faillite si aucune réforme n’est entreprise.
Comme Taiwan ne possède pas de système régissant la médecine familiale, et les centres de santé locaux visant à désengorger les hôpitaux, les grands centres se trouvent submergés, alors que les ressources locales sont souvent sous-utilisées.
Les abus du système ne sont pas rares non plus. Cas de figure extrême, on rapporte qu’un patient aurait visité les hôpitaux taïwanais plus de 400 fois en une année, causant une surcharge de travail pour le milieu, et un gaspillage des fonds publics. On estime également que le prix gonflé des médicaments coûte au système plus de 10 milliards de dollars taïwanais (337 millions de dollars canadiens) par année.
La politique nationale d’assurance-santé est aussi une des raisons principales pour laquelle la majorité des hôpitaux taïwanais décident de mettre sur pied leurs propres systèmes d’information hospitaliers (SIH). Hayashi Meiken, directeur des systèmes d’information à l’hôpital adventiste de Taiwan, a confié à FutureGov que son hôpital doit réagir très rapidement aux requêtes de changements émanant du bureau national de l’assurance-santé. Parfois, plusieurs requêtes sont acheminées la même journée, de sorte qu’ « on ne peut dépendre des fournisseurs de service pour garantir le respect de nos échéanciers », dit Hayashi.
Le nouvel amendement à la politique nationale prévoit un calcul des primes d’assurances en fonction du revenu des citoyens, comme c’est le cas présentement. Il prévoit en outre une réduction du taux des primes, qui passerait alors de 5.17% à 4.91% du salaire régulier.
Cependant, les citoyens avec des revenus supplémentaires (provenant d’investissements, de loyers ou de bonis) équivalent à quatre fois leur salaire mensuel seraient obligés de payer une « prime supplémentaire » équivalent à 2% de la somme de leurs revenus supplémentaires.
Le gouvernement estime que ces « primes supplémentaires » augmenteraient les revenus annuels du régime d’assurance-santé de quelques 20.8 milliards de dollars taïwanais (715 millions de dollars canadiens).
83% des citoyens verront leur prime baisser selon le nouveau plan, alors que les 17% restants devront débourser davantage.
Le département de la santé souhaitait originellement réformer le calcul du taux des primes en se fondant sur les revenus familiaux des citoyens, mais la proposition a échoué lors d’un vote au parlement en décembre 2010.
Le nouvel amendement prévoit aussi de restreindre l’accès des étrangers à l’assurance-santé. Désormais, seuls les résidents travaillant ou habitant à Taiwan depuis plus de six mois seront couverts. Dans son incarnation précédente, le régime d’assurance-santé était offert aux étrangers ayant vécu à Taiwan depuis au moins quatre mois, ainsi qu’aux travailleurs étrangers employés à temps plein par les écoles.
Les législateurs du parti d’opposition démocrate-progressiste ont manifesté leur mécontentement en quittant le parlement suite à l’échec au vote de leur version de l’amendement.
Le ministre du département de la santé Yaung Chih-liang a offert sa démission suite à l’adoption du projet de loi, exprimant son regret de n’avoir pu rallier 100% des membres du parlement.
Yaung avait déjà déclaré qu’il démissionnerait si le projet de réforme échouait au vote lors de la présente session parlementaire. Offrant sa démission au premier ministre malgré la victoire, il a cité son « incompétence personnelle » comme raison principale des « heurts survenus lors de la réforme du système d’assurance-santé national. »
À l’heure de mise sous presses, le premier ministre Wu Den-yih n’avait toujours pas approuvé la démission de Yaung. Lors d’une sortie officielle, il aurait déclaré que Yaung devrait rester en poste afin de superviser la mise en œuvre du nouveau système amendé.
Le plan de travail spécifique sera déterminé par la branche exécutive du gouvernement, dirigée par le premier ministre Wu.

